01.12.2006
Turquie... Européenne ou non?
A l'heure de la visite controversée du pape Ratzinger Ier (pardon, Benoît XVI) en Turquie et à celle de la délicate négociation de son hypothétique entrée d'ici une quinzaine d'années dans l'Union Européenne, beaucoup d'arguments sont avancés pour la justifier ou, au contraire, en rejeter la possibilité.
Si la plupart, d'ordre institutionnels ou politiques sont tout à fait recevable, il en est un, géographique, qui divise particulièrement les camps adverses. La Turquie fait-elle ou non partie du continent européen?
Stricto sensu, non. Cependant, il faut déjà nuancer car, si 98 % du territoire turc se situe sur la plaque asiatique et plus particulièrement dans cette zone que les Romains nommaient Asie Mineure, les 2% restants sont bien du côté européen du détroit du Bosphore. Et non des moindres puisqu'il s'agit du coeur historique d'Istanbul, la Constantinople d'autrefois, la ville la plus importante du pays, avant même sa capitale anatolienne, Ankara (Ancyre).
Tenant compte de cette nuance, on ne peut donc pas dire que la Turquie est totalement extérieure au continent européen. Or, pour prétendre à l'entrée dans l'Union, il faut, entre autres garanties, pouvoir justifier de faire partie du bloc continental.
Alors, une seule ville (et encore pas toute!), est-ce suffisant? A mon sens, oui car c'est là que la géographie physique pure qui n'a pas de sens en soi dès lors qu'il s'agit de bâtir une unité politico-économique (l'Union) -la création des Etats s'est toujours construite sur des considérations de géographie humaine (aires religieuses, linguistiques etc)- doit être lue en y associant l'Histoire.
Pour faire simple, Istanbul est l'avatar moderne de la Constantinople antique puis médiavale. Une ville fondée sur une citée grecque, élargie et repensée par un empereur...romain (Constantin, IVème siècle de notre ère).
Constantinople a longtemps été surnommée la Nouvelle Rome. Et l'Empire Byzantin a véritablement façonné une partie du destin des états de la méditerrannée septentrionale et orientale durant de nombreux siècles.
Reléguer Istanbul et la Turquie au rang de zones "non européennes" c'est un peu vite oublier que Byzance possédait des territoires en Italie, en Grèce et dans les Balkans, que son système monétaire (la Nomisma) était l'étalon de référence pour le commerce durant une partie de l'époque médiévale, que la ville de Venise a bâti sa fortune en colonisant un empire byzantin considérablement affaibli durant le dernier tiers de son histoire... C'est également faire l'impasse sur le fait que pendant des siècles, Turcs Ottomans et Occidentaux se sont affrontés pour des questions de possessions territoriales (Grèce et Balkans). Les Turcs font partie de l'histoire de la construction européenne. D'ailleurs, François Ier de France s'est bien allié avec le Sultan pour combattre sur mer les troupes de Charles Quint, pourtant souverain de même religion que lui...
Par ailleurs, c'est bien l'alphabet latin qui a été choisi pour retranscrire la langue turque et la laïcité à la française qui a inspiré le système instauré par Ataturk, quelque peu malmené ces dernières années par les barbus et autres femmes à grilles.
Qu'on refuse éventuellement l'intégration de la Turquie à l'Union en invoquant des motifs politiques, cela est légitime (il existe des règles communes aux Etats membres, la Turquie n'a qu'à les respecter, ça n'est pas négociable, point), il l'est moins en revanche de chercher des justifications géographiques en se dédouanant sur la Nature.
L'Union sera ce qu'on voudra en faire, en définitive.
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