06.01.2007

Au bout de la corde

 

 En faisant exécuter Saddam Hussein al-Tikriti, il y a quelques jours, les autorités américaines ont déclenché le compte à rebours d'une crise dans la crise qui aura, à n'en pas douter, des répercussions importantes dans l'avenir.

Il faut comprendre que ça n'est pas la justice irakienne en la pleine possession de son droit qui a condamné l'ancien dictateur à l'issue d'un procès qui ressemblait plus à une mauvaise pièce de théâtre qu'autre chose, mais bien les forces américaines d'occupation, de pacification on aurait dit il y a moins d'un siècle. Comment juger avec la sérénité et le recul nécessaire à tout devoir de mémoire un personnage, un système entier (celui du Parti Baas) dans un contexte de siège, de chantages, de traques et d'attentats ?

Il n'y aura jamais de second procès, celui-là même tant attendu qui aurait pu démonter tout le fonctionnement d'une dictature soutenue par l'Occident jusqu'à une époque récente (en 1991 les américains n'avaient pas voulu déloger Hussein de son QG alors qu'ils étaient en mesure de le faire...Pourquoi?). Les familles des victimes du régime ne seront jamais entendues...

 

Pas de larmes pour Saddam Hussein, soit, mais qu'il soit permis d'en verser au moins une petite pour le principe judiciaire bafoué par ceux-là même qui se sont faits champions de sa défense et qui viennent de commettre une erreur supplémentaire.

 

On n'exécute pas un dictateur au nom de la justice. Encore moins en dégradant sa nature d'homme par des insultes, fut-il le pire des pires. Un dictateur vivant incarcéré est beaucoup plus utile qu'un cadavre élevé au rang de martyr par ses partisans. La loi du talion ("oeil pour oeil, dent pour dent, vie pour vie"), bien qu'elle ait été mise en oeuvre en Mésopotamie, n'a jamais rien donné de durable.

Par ailleurs, on ne tue pas un homme, fut-il le pire des pires, la veille d'une fête fondatrice de sa culture, a fortiori l'Aïd, quand on connait l'implication du fait religieux dans la vie des musulmans d'Orient. Ce "détail" pèsera lourd demain car il contribuera à faire de Saddam Hussein le héros martyr d'un pays à feu et à sang que les "diables d'étrangers" -comme disait l'impératrice de Chine Cixi- n'ont pas su apaiser.

Dans dix ou vingt ans, quand le souvenir du massacre des kurdes ou des geôles d'Abou Ghraib se sera estompé, on ne gardera de Hussein que l'image du chef de guerre, du "libérateur" du "modernisateur". Il y aura bien alors quelqu'excité pour tuer ou rançonner en son nom.

Cette pendaison à la va-vite trahit le grand bricolage que représente la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient. Mais s'il n'y avait que là! Depuis deux siècles, l'Histoire montre que la puissante amérique n'a aucune vision intelligente et durable en matière de politique extérieure. Complexée par son absence de racines propres et par le sort réservé par ses pionniers aux natifs de ses territoires ainsi qu'aux "déportés importés" des champs de coton, ses gouvernements n'arrivent toujours pas à faire la part des choses et se positionner comme institutions responsables dans un monde où les tensions s'exacerbent du fait des inégalités toujours plus criantes.

 

Les Etats nous conduisent dans le mur! Alors, bien sur, on incrimine le "phénomène Bush" et son administration si particulière baignant dans un substrat de culture ultra-libérale et religieuse... Mais cela ne suffit pas à tout expliquer car il y a derrière des gens qui ont choisi, qui ont soutenu et qui ne se sont pas encore réveillés, ou alors qui le sont pour de mauvaises raisons.

Au même titre qu'on ne peut se réjouir des calculs opérés par quelque avocat pour empêcher qu'un dictateur soit jugé en tablant sur sa mort prochaine, on ne peut cautionner l'exécution d'un tyran. Car le fait de l'avoir tué "officiellement" enlève toute crédibilité à la justice qui a usé des mêmes armes que lui. Cet acte n'élève ni n'apaise.

Il est une profonde erreur.

Commentaires

Que dire de plus, tout est dit avec bon sens. Mais comment expliquer ça à des gens ici ou ailleurs, qui se contentent de dire que c'est une bonne chose et que c'est comme ça que l'on se fait justice, que ce n’était pas la meilleur solution...C'est un peu trop "extrême" de réagir comme ça je trouve ou bien on oublie trop rapidement de ne pas faire aux autres ce que l'on ne veut pas que l'on nous fasse (On peut très bien ne pas croire en Dieu ni à la religion en général mais être d’accord avec dans les grandes lignes). Ca ne me rassure absolument pas sur l’évolution des êtres humains…On imagine aisément ce que peut être la fin d'une vie humaine dans la souffrance physique, pas besoin de grandes explications pour cela, mais apparemment certains devraient revoir leurs cours...Sadam Hussein était un être humain qui n'a pas tenu compte des souffrances des autres mais ce n'était pas une raison suffisante pour les lui faire endurer; la violence nourrit la violence et le chien continue toujours à se morde la queue. L’unique chose qui me rassure finalement c’est que je ne suis pas le seul à le penser.

Ecrit par : Hervé | 07.01.2007

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