18.01.2007
Dépasser la tolérance
Dans son Traité sur la tolérance, Voltaire adressait à Dieu une prière pour qu'il éclaire les peuples sur le nécessaire respect des cultures afin bâtir un monde stable et durable.
Cette fameuse "pière à Dieu", en fait destinée aux contemporains du philosophe, fait partie des textes qui n'ont pas d'âge tant ils restent d'actualité. Les hommes, pourtant peu de choses, passent toujours leur temps à s'entre déchirer au nom de différences dont l'importance ne devrait être que relative.
Aujourd'hui, il faut aller plus loin.
Tolérer signifie accepter l'autre avec une nuance qui porte toujours en elle un germe dangereux de retournement de situation: accepter du bout des lèvres, presque exceptionnellement comme si cela restait révoquable.
On tolère le dépassement d'un délai, une fourchette de valeurs en statistique ou la cigarette dans certains lieux... Ces mesures ne sont pas systématiques.
Or la tolérance, la vraie, l'importante, la grave ne peut se concevoir avec cette restriction. On doit en dépasser le concept et ne plus tolérer les différences culturelles et religieuses mais bien les accepter, les intégrer.
Toi qui es en face de moi ou à l'autre bout de la terre, je t'accepte parce que tu es mon semblable. Même si nos différences paraîssent colossales voire insurmontables, même si je ne comprends pas ta langue ni tes traditions, je t'accepte parce que tu es une image de moi, comme moi je suis ton reflet ici. Nous sommes nés de mêmes principes parce que des gens sont venus avant nous et que d'autres, également, sont morts.
Toi qui es en face de moi, même si je n'arrive pas à comprendre tes convictions, même si je peux m'opposer à toi parce que je veux défendre mes valeurs, je n'oublie pas que je ne peux faire autrement que te prendre tel que tu es. Je ne tolère pas ton dieu, ta civilisation, ton mode de vie, je les accepte et je te montre ce que je suis, moi.
Accepter l'autre ne signifie pas fermer les yeux et se bercer de la douce illusion d'un monde parfait. Cela revient, au contraire, à assumer les triomphes et les limites de sa propre humanité.
23:27 Publié dans Grandes réflexions :-) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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