15.04.2007
Paroles d'experts...
Prenez un grand musée d'art réputé dans le monde entier pour son fond tout à fait original en peinture médiévale.
Prenez des experts qui se sont succédés au fil des décennies pour évaluer l'importance de cette collection unique au monde et dont les conclusions ont été enthousiastes.
Et puis, imaginez un grain de sable, tout petit, venu se loger là où personne ne l'attendait. Juste une petite vérification fortuite de pigmentation au microscope...
Cette histoire pourrait constituer le début d'un roman à succès. Elle est pourtant vraie et surprenante.
Il y a quelques mois, les conservateurs du Musée des Beaux Arts de Tournai, en Belgique, se rendent compte qu'une grande partie de sa célèbre collection de Maîtres flamands du XVème est..."fausse". Des madones, des descentes de croix, des portraits de notables...autant d'oeuvres qui sont, en fait de larges repeints! Certaines d'entre elles l'ont été à plus de 70% et récemment, puisque l'enquête à révélé des pigments datant du XXème siècle!
Alors, certes, il ne s'agit pas de faux, stricto sensu puique les oeuvres initiales très dégradées ont été grandement restaurées. Mais le peintre ne s'est pas contenté de ce type d'action, il a aussi recréé des toiles originales à partir d'éléments épars à la façon des artistes flamands de la Renaissance.
Là où l'histoire est étourdissante c'est que cet homme, restaurateur de son état, Josef Vanderveken, a réussi à reproduire les techniques de l'époque, à s'emparer du tour de main d'un Van Eyck par exemple.
Personne n'a su faire la différence. Mieux encore, ce même maître moderne a constitué la collection d'un riche homme d'affaire avant guerre, celle-là même qui allait, par la suite échoir au Musée des Beaux Arts après avoir berné Goering. Ce dernier était persuadé de mettre la main sur un trésor unique au monde lorsqu'il l'a acquis pour une très forte somme d'argent.
Paradoxalement, cette histoire "abracadabrantesque" qui a ébranlé la communauté belge des historiens de l'Art -imaginez qu'on vienne vous dire demain que la Joconde est une belle supercherie!- en pointant du doigt la marge d'erreur possible en terme d'expertise, cet épisode à mis en lumière le génie d'un restaurateur-copiste qui, à cinq siècles de distance, représente le dernier des grands maîtres flamands dont il se voulait l'élève.

Josef Vanderveken dans son atelier.
21:20 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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