03.05.2007

Kathâkali présidentiel

Comme beaucoup de gens, j'ai suivi le duel télévisé d'hier, levant les yeux du dessin sur lequel j'étais en train de travailler de temps à autres pour observer les visages, les plans.

Cet exercice médiatique est toujours intéressant parce qu'il s'apparente à une pièce de théâtre dont le déroulement se trouve formaté par un cadre et des choix. Choix des plans visuels d'abord qui ne laissent jamais voir l'attitude en gros plan du candidat qui ne parle pas, choix des thèmes ensuite. Ils se voulaient généraux amenant une réflexion de fond, des oppositions de conceptions. Au lieu de celà ce fut la course au détail et à l'exemple trompeur, l'arbre qui cache la forêt, prétextes à des joutes largement commentées depuis.

Aucun des deux candidats n'a été naturel. Une partie du scénario est "écrite", certes, une autre est plus subtile. On a dit que la colère de S.Royal était prévue et répétée afin d'appuyer son côté offensif et que N.Sarkozy, de son côté, offrait le visage d'un candidat trop posé, ponctuant ses réflexions de "madame" appuyés. Les visages réels des personnages se sont pourtant plusieurs fois révélés derrière le vernis, menaçant de laisser apparaître un court instant leur vraie texture.

Ce genre de spectacle est assez fascinant parce que personne n'y croit vraiment tout en lui accordant des vertus. C'est comme une chanson de gestes, un kathakali hindou aux codes convenus à l'avance et tout le temps répétés.

Attaquer, défendre. Ne pas être pris au dépourvu. Sauver les apparences.

Alors, depuis hier on parle beaucoup, les journalistes, les analystes, les passants que l'on traque un micro à la main pour obtenir leur intention de vote. On entend aussi les gens célèbres prendre ou confirmer parti en mêlangeant gaillardement les genres, sans retenue ni décence. J'observe.

Ségolène Royal porte avec elle un sérieux handicap qui lui coûtera la présidence, à mon sens: l'éclatement de la gauche. Elle doit en effet concilier les attentes de ses reports du 1er tour avec celles du PS qui ne sont pas toujours en adéquation avec les siennes propres. Elle doit tirer des bords entre les révolutionnaires, les écologistes, François Hollande et les éléphants. Elle doit présenter une gauche modernisée tout en traînant avec elle le boulet de conceptions dépassées et une absence de concret.

En face, il y a un bloc uni et bien corseté. Il éclatera peut-être plus tard mais, pour le moment, il est solide sur ses bases, il est écrit comme une histoire dont on connaîtrait déjà l'issue, il inspire confiance.

Surtout aux personnes qui décident et entreprennent, celles qui craignent la "générosité" de la gauche si prompte à taxer pour financer ses plans sociaux. Celles qui n'ont pas encore saisi que le travail n'est pas une finalité en soi ni une compétition permanente et qu'à terme c'est à l'être humain de s'y retrouver, comme dans d'autres domaines.

Cette machine de guerre ne peut pas perdre parce qu'elle a été pensée dès le départ pour remporter l'élection. Derrière, tout est déjà prêt en terme logistique et depuis longtemps: qui occupera quoi et comment, les réseaux et le mode d'action.

Certains ont cru bon de calomnier sur internet par des moyens douteux, d'autres ont déjà menacé de soulèvements si Sarkozy était élu. Les pauvres fous! Quelle légitimité auront-ils pour agir ainsi face à un président et un gouvernement sortis des urnes et choisis par plus d'une moitié des votants? Dès lors qu'il sera nommé chef de l'Etat dans le respect des institutions, les citoyens devront être loyaux, même s'ils entrent dans l'opposition et ne se sentents pas solidaires de la majorité.

Le seul regret qu'il faudra avoir c'est celui de ne pas avoir osé mettre une femme au pouvoir pour voir de quoi elle aurait été capable.

Commentaires

Je partage ces points de vue....
pourtant je conserve une once d'espoir, infime...

et si je paraphrasais une artiste française qui illustre cet espoir ça donnerait ça :

"Les chemins sont multiples, tout est questions de choix
Au diable les proses brutales, les colères homériques
Tout ça n'importe quoi, Il existe arme redoutable

Méfie-toi des puissances, méfie-toi de l'aisance
Au jeu du corps à corps, l'esprit est bien plus fort
Méfie-toi des puissances, des vierges sans défense
Leurs forces sont subtiles, la force est féminine............

Ecrit par : Greg | 04.05.2007

Quelque soit le résultat finale la politique francaise a quand même pris un tournant, que ce soit avec le "3iéme candidat" ou que ce soit la présence d'un femme au second tour. les moeurs changent et la conception de la poltique par le citoyen aussi !! jamais les francais ne se sont senti autant concerné par des élections (même si ce derniers mois a saturé tout le monde).... quel pas enorme depuis 2002 !! les efforts futures tiendrons certainement plus d'une lutte contre la regression qu'autre chose.... meme si ca risque d'etre dur dans l'un des cas possibles dimanche prochain !!
pour en revenir au débat de mercredi je n'ai pas rellement l'impression qu'il change quoi que se soit, il a servit a conforter chacun dans ses choix, sachant que les resumés fait le lendemain ressemblaient plus a une montagne de mauvaise foi qu'a de réelles explications

Ecrit par : Frank | 04.05.2007

A Greg: Dis donc, je n'avais pas pensé à ce rapprochement! C'est la chanson que Ségo aurait du choisir pour sa campagne.
A Franck: le débat a surtout pour but de convaincre les "indécis" et en cela c'est un exercice périlleux...Il est vrai que cette élection est particulière avec un regain citoyen important, c'est plutôt bon signe.

Ecrit par : Hugo Qb | 04.05.2007

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