02.08.2007

Chroniques ferroviaires

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                            TGV par Placide

 

 

Bordeaux St-Jean, 31 juillet 2007 vers 14.45 pm

 

Le train repart. Direction Toulouse Matabiau où nous devrions être d’ici deux bonnes heures. J’écris « nous », mais je ne me sens pas spécialement solidaire des voyageurs que le hasard me fait côtoyer…

Evidemment, l’arrêt bordelais a été accompagné par les habituels aléas : erreurs de sièges, bagages trop volumineux, petits vieux surchargés… Naturellement, comme à chaque fois, je n’ai pu m’empêcher de hisser, ça et là,  un sac ou une valise. Voir la perplexité du voyageur bloquant les autres dans l’allée devant la tâche surhumaine que semble représenter le rangement de ses effets au dessus de sa tête m’agace suffisamment pour que je ne demeure pas assis bien tranquillement à ma place.

 

Je suis toujours effaré par certains comportements. Des compartiments à bagages sont prévus entre chaque voiture pour libérer de l’espace au dessus des sièges. Leurs volumes sont suffisants pour accueillir plusieurs grosses valises. Oui mais voilà, il faut accepter de laisser son bagage à quelques mètres de soi derrière une porte transparente, sacrifice inconcevable pour beaucoup. C’est bien connu ma bonne dame : les trains, de nos jours, ne sont pas sûrs !

Vu le poids de ce que j’ai pu charrier au cours de mes différents trajets, je peux affirmer que l’éventuel indélicat doit jouir d’une robuste constitution pour s’attaquer à certains bagages.

 

Je suis monté ce matin en gare de Lille Europe, direction Paris. Sur cette ligne, le public est différent, davantage composé d’habitués qui l’empruntent pour aller travailler comme d’autres s’engouffrent dans un métro de la capitale. On se presse un peu mois, le TGV a des allures d’endroit familier et cela se sent. Bien sûr, il y a toujours celui ou celle qui se trompe de voiture et s’installe dans le premier siège venu, persuadé que ce dernier s’est doté, comme par magie, du bon numéro. A croire que nos contemporains ne font pas attention aux choses élémentaires comme lire correctement le contenu de leur billet, par exemple.

Prendre le train ne me semble pourtant pas, aujourd’hui en France, une aventure pleine de rebondissements. Quoique ! Comme le disait le regretté Raymond Devos, quoique.

 

Les vignes étalent leurs rangées impeccables à la façon de rayons filant vers des groupes de maisons aux toits de tuiles. Il fait beau. Chaud aussi j’imagine. Je sens Toulouse se rapprocher lentement.

 

Le transfert entre la Gare du Nord à Paris et la Gare Montparnasse s’est opéré (relativement) rapidement. Le métro de la ligne 4 n’était pas bondé, même aux abords de la Gare de l’Est. Mais Paris restera toujours Paris et c’eut été merveilleux qu’il n’y eût aucune panne de quelque nature que ce fut. Le métro roulait, les escaliers mécaniques bien pratiques lorsqu’on est chargé aussi. Ce matin, ce qui bloquait c’était les deux tapis automatiques chargés de relier plus rapidement la station de métro Montparnasse-Bienvenüe à la gare. LE dispositif le plus important en somme. Alors, les voyageurs ont du traverser le tunnel couvert d’explications fort pédagogiques sur l’histoire du métro, à pied et vitesse…humaine pedibus cum gambis. Dans pareils cas, on retrouve toujours les abruti(e)s qui mobilisent toute la place dans le sens de la marche en traînant un sac énorme et on regrette de ne pas disposer d’une secrète boîte à gifles qui contribuerait à redonner un soupçon de civisme à qui de droit.

 

Le bal des casse-pieds, ce jour, m’a suivi jusque dans mon TGV. Le bon père de famille placé au rang devant mon siège, pour commencer, qui se lève tous les quarts d’heure pour fouiller dans son sac et me recouvrir de miettes dont il semble ignorer la provenance, alors qu’il ne faut pas être devin pour imaginer le paquet de biscuits écrasés dans un fond percé. Puis l’excité du je-dois-impérativement-placer-ma-malette-au-dessus-de-ma-tête, quitte à tenter un empilement très aléatoire, qui me fait le coup de laisser ses effets en équilibre plus qu’instable juste au dessus de moi. Je le lui fait savoir d’un ton neutre et voici que le quidam commence à se montrer agressif, « ne vous énervez pas ! » articule-t-il avec une certaine difficulté. Pour qui se prend ce crétin qui s’adresse à moi de cette façon ?

 

Je lui dis que si son bagage me tombe dessus, il finira par la fenêtre, tout en gardant un ton égal. Je suis à deux doigts de me lever de mon siège histoire de faire mon «mâle alpha dominant » basique et lui montrer qu’il ne faut pas qu’il insiste, le nabot, mais je me contrôle. Il bougonne, je retourne à mes occupations. Il cale un tantinet sa mallette. Si elle bouge, c’est sûr qu’il se la prendra dans la figure, avec mes meilleurs sentiments.

A l’heure où j’écris ces lignes, elle ne m’est pas (encore) tombée sur la tête. Un voyageur prudent l’a positionnée de manière plus cartésienne en bougeant ses propres effets.

 

On approche d’Agen, je ne sais si le train doit y faire une halte mais on s’agite autour de moi. Il y a toujours les impatients debout vingt minutes avant les autres, harnachés comme s’ils s’apprêtaient à sauter en parachute… Go ! Go ! Go ! Ils encombrent à la queue leu leu l’allée en commençant à souffler. Eh oui, c’est long. La plupart de ces individus, il faut le préciser, sont en vacances. On pourrait donc les imaginer plus détendus et un peu moins sur les dents. Il faut croire qu’il n’en est rien.

 

Moi, je l’avoue, cela m’amuse autant que ça peut m’agacer avec cette douce sensation –peut-être un peu prétentieuse mais c’est si bon !- de n’avoir décidément que fort peu de choses en commun avec tous ces gens. Leur mode de fonctionnement et leurs préoccupations terre-à-terre du moment ne sont décidément pas les miens.

 

Le train s’est bien arrêté à Agen, il s’est un peu allégé au passage. Montauban dans une vingtaine de minutes puis Toulouse. Je termine cette petite chronique ferroviaire par une touche positive : mon voisin monté à Paris n’est pas resté bien longtemps en place, coincé contre la fenêtre. Il a sans doute préféré trouver mieux ailleurs, là où les revêtements des sièges sont plus verts… Du coup j’ai pu étaler mes jambes et déplier mon ordinateur portable.

 

Toulouse, le lendemain.

 

Le train est finalement arrivé avec un quart d’heure de retard, me faisant manquer ma correspondance… Du coup, j’ai pu tester une partie de la nouvelle ligne du métro toulousain dont les rames automatiques se sont immobilisées à peine la première station passée : panne !

Une petite défaillance somme toute… L’occasion en tout cas de me remémorer nombre de souvenirs de l’époque où j’étais étudiant dans la ville rose. Je fais partie de ceux dont la « ligne A » a révolutionné la vie en mettant l’Université du Mirail à 13 minutes de la gare, au lieu des presque 60 en bus. C’était il y a déjà une bonne quinzaine d’années.

 

Les rames sont identiques à celles de Lille, seul leur design intérieur change. La ville a fait de gros efforts en terme de transport en commun. Il reste cependant des paradoxes : la ligne C qui est une extension ferroviaire du métro par autorail ne dispose que de deux à trois rotations par heure !

Comment pousser les gens à laisser leur véhicule personnel au garage si un réel service régulier et cohérent ne leur est pas proposé ?

Il ne serait sans doute pas rentable de multiplier les navettes sur cette ligne C pour le confort des usagers, certes, mais doit-on systématiquement raisonner ne terme de rentabilité dès lors qu’il s’agit d’améliorer le cadre de vie ?

Commentaires

C'est dingue comme les voyages en train se ressemblent ..

Ecrit par : TAJ | 21.08.2007

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