16.09.2007
Hiatus

Delacroix, La Liberté guidant le peuple (détail)
Je vis dans un drôle de pays.
On m'y parle de liberté alors que des milliers de lois remplissent les registres officiels et qu'on oublie de les valider et de les faire appliquer quand elles ne sont pas, tout simplement, inapplicable sur le terrain... Ou pire encore: vidées de leur substance par le Conseil Constitutionnel.
On m'y parle d'égalité et je vois partout des gens qui hurlent pour défendre des acquis sociaux qui ne sont pas destinés à tout le monde, autant de poids et de mesures qu'il existe de catégories socio-professionnelles. Une jungle de privilèges qui ne sont pas même acquis par le mérite ou par la naissance, par tradition familiale mais juste du fait d'un habile jeu de chaises musicales et de négociations laissant beaucoup d'individus sur le bord du chemin.
J'entends aussi le mot de fraternité alors que les gens se détestent, passent leur temps à envier la carrière, le salaire, les signes extérieurs de réussite du voisin. La ville a peur de sa banlieue qu'elle considère aussi avec le mépris des gens qui se croient installés et intouchables. Les couronnes s'abrutissent et enferment trop facilement les individus dans des cases: le "céfran" par-ci ou la "bourge" par là. Les voisins de palier ne se croisent même plus dans les ascenseurs...
On se craint, on s'ignore quand on ne se regarde pas de haut.
Il y a pourtant des passerelles ou des tentatives de ponts. Associations, hommes et femmes de bonne volonté qui fédèrent autour d'eux des gens de tous horizons...Cependant, la tâche semble immense. Tout ce qui est patiemment construit avec le pierre de l'humanisme est mis à mal par les agitateurs d'épouvantails de tous bords que les médias font et défont au gré des modes, des stratagèmes et des envies.
Alors on ne parle plus que de résultats, que d'argent, que de statistiques. L'homme est toujours une marchandise avec une considération à géométrie variable selon ses origines. Certes, on prend davantage de pincettes pour "reconduire à la frontière" l'immigré clandestin mais tout cela n'est que poudre aux yeux. Les vraies questions sont éludées, nous n'avons pas de vue à moyen et long terme.
La main sur le coeur on parlera de République et de laïcité, de droit. On vantera l'abnégation de la Résistance face à la barbarie, on distillera les remords dans les consciences des plus jeunes en disant "plus jamais ça". Dans le même temps les égarements, l'à-peu-près, les injustices criantes font le terreau des horreurs futures et d'une autre barbarie, bien actuelle celle-là, qu'on pensait ne plus voir.
Je suis dans un pays, dans une société qui souffle tout et son contraire et qui a fait de l'hypocrisie une vertu. Une contrée qui ne sait plus voir au delà du premier plan, qui sort d'un passé difficile et qui, en dépit de l'amélioration incontestable de son niveau de vie, n'est pas capable de se défaire d'une forme d'obscurantisme. Il faut penser comme l'autre, s'habiller comme l'autre, contester pour contester sans vraiment savoir pourquoi. Le passé fut une suite de douleurs, l'avenir ne s'annonce pas meilleur parce qu'il n'y a pas de volonté de se dépasser.
Ceux qui offrent une image positive tournée vers l'effort, le courage, le soucis des autres sont rapidement ramenés vers des contingences orchestrées par la publicité, le marketting. Les gaillards du ballon ovale starifiés se retrouvent couverts de marques et descendus en flèche au moindre faux pas par ceux-là même qui les avaint placés au pinacle. Les grands acteurs de l'humanitaire se voient liés à des gouvernements, des groupes dont l'action est par nature incompatible avec leur mission.
Qui remarque désormais le courage, la belle action, la grandeur d'âme, l'altruisme?
Le hiatus est partout. Sans doute autant qu'ailleurs dans le monde civilisé -c'est à dire celui qui respecte l'existence et l'intégrité de chaque individu - mais peut-être est-il encore plus cruel ici parce que le pays héxagonal fut celui des Lumières.
Ces mêmes Lumières qui constituent une bonne partie de mes propres assises personnelles et de mon propre cheminement.
Où sont les gens qui, comme moi, recherchent en toute chose la fameuse "voie de la moindre violence", ceux qui placent l'Homme au centre de leurs actions et le Droit au dessus de tout ? Plus que jamais leur voix est capitale et elle s'affranchit bien des considérations nationales, des hymnes et des drapeaux.
17:02 Publié dans Grandes réflexions :-) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
liberté égalité fraternité, un idéal vers lequel il faut tendre, mais l'utopie ne saurait être un idéal, à mon sens...
Ecrit par : maazz | 16.09.2007
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