22.11.2007
Indécence

"Je suis chargé des relations humaines et je ne gagne que 1800 euros nets par mois! Vous rendez-vous compte?..."
J'ai entendu hier cette phrase dans un reportage télévisé. Elle était prise sur le vif dans le cortège des manifestants de la fonction publique défilant à Paris pour la grande énième journée de contestation sociale.
J'ai souri. Avec amertume mais j'ai souri. C'était cela où lancer ma chaise contre l'écran qui aurait implosé et volé en éclats...
Cette déclaration est à l'image de ce que nous vivons depuis plus d'une semaine: une situation indigne. Indigne et indécente.
Certes, je ne connais pas la situation de cet homme interrogé par le journaliste. Peut-être a-t-il charge de famille? Sans doute a-t'il aussi des traites à payer... Il est vrai. Mais c'est aussi un choix qu'il a fait en son temps. Comment peut on oser se plaindre de percevoir pareil salaire lorsque la pénibilité d'un travail est somme toute assez limitée, lorsque la sécurité de l'emploi est quasiment acquise ou qu'un certain nombre d'avantages liés à la fonction sont bien réels?
Comment peut-on oser défiler dans la rue pour demander plus, alors qu'une grande majorité en est encore loin? Vouloir plus, vouloir mieux ne me dérange aucunement à condition que cela ne se fasse pas au détriment des autres. Or, ne pas assurer son travail, les cours du jour, le fonctionnement d'un service c'est mettre les autres devant le fait accompli, ceux-là mêmes qui ne pourront jamais se payer le luxe de débrayer.
Car on ne fait pas grève quand on n'est pas fonctionnaire ou assimilé. La loi précise que nul ne peut-être licencié pour fait de grève...Mais qu'en est-il dans la réalité d'un marché du travail transformé ne jungle d'autant plus facilement que l'excès de législation favorise une opacité étouffante?
Je travaille depuis presque dix ans. Durant ce laps de temps, malgré mes diplômes, mes expériences, je n'ai jamais obtenu de contrat fixe avec un salaire fixe à la clé. Je fais partie de ce que l'on nomme pudiquement avec cette pointe d'hypocrisie toute française, les précaires. J'ai connu des mois fastes mais je vis à nouveau sous le seuil de la pauvreté si j'en crois les indices officiels de l'INSEE (ou pas loin en tout cas). Cette "flexibilité" que l'on vante, je suis dedans depuis toujours. J'y ai puisé une part de liberté certes, mais elle m'a été imposée par ce pays, par la branche dans laquelle j'exerce mon métier. De fait on m'a mis hors des circuits classiques de la consoimmation: aucun prêt ne peut m'être accordé, je ne peux pas accéder à la propriété. Sans la caution de mes parents, je n'aurais pas pu louer mon appartement...
Comment ne pas ressentir le plus grand mépris pour tous ces gens qui défilent pour se plaindre d'avoir au moins quelque chose? Ma retraite à moi, elle sera faite de labeur jusqu'au bout car ma précarité actuelle constituera un handicap encore plus lourd à gérer par la suite. Il faudra de plus que je paye celle de la génération de mes parents.
Et l'on voudrait que j'aie ne serait-ce qu'une once de compassion pour ceux que l'on désigne sous le vocable de "Régimes spéciaux", ceux-là mêmes qui prennent le pays entier en otage?
C'est chose impossible. Mon humanisme est limité par la notion d'injustice. Si j'avais ressenti le moindre mouvement de sympathie pour les revendications actuelles des uns et des autres, elle aurait fini par s'évaporer lorsque je vois les actes et que j'entends les discours. Syndicats haineux, restés aux temps de la lutte des classes et prêts à se déchirer avec la vindicte d'une populace mal dégrossie, qui ne savent que contester sans se rendre compte, les crétins, qu'ils font le jeu d'un gouvernement qui se fiche bien d'eux.
En bout de course tout passera, les lois seront entérinées et le crédit de l'action syndicale diminuera d'autant. Que m'importe de savoir si les cheminots payent davantage de cotisations sociales: ils ont eu tout le loisir de pouvoir négocier depuis que la réforme a été évoquée. S'ils n'ont pas su le faire en dehors de la confrontation, ils n'ont qu'à en assumer les conséquences, je n'irai pas les plaindre comme je ne le ferai pas avec les agents EDF ou autres. Certes, les conditions de travail sont difficiles. Personne ne le nie. Mais il y a un argument-massue qui vient balayer toutes les récriminations, fussent-elles des plus bruyantes: celui du libre choix.
Quand on choisit d'être cheminot ou technicien on sait à quoi s'en tenir, on connait la pénibilité de la tâche, les horaires décalés, les astreintes. Tous ces éléments sont détaillés dans un contrat de travail. Quand on le signe, on les accepte. Il est indigne d'aller, par la suite, utiliser ces faits comme des arguments justifiant les revendications au même titre qu'il est indigne pour un futur médecin de refuser de s'installer ailleurs qu'en ville. Il a choisi son métier, il en connaît les enjeux, les limites, il les assume.
Choix et responsabilités vont ensemble et sont les seuls garants de l'évolution positive des choses. Au lieu de celà chacun tire la couverture à lui en poussant le cynisme jusqu'à aller prétendre que la contestation est faite pour le bonheur de tous.
Qu'on aille dire cela aux milliers de parisiens comprimés depuis huit jours dans les rares rames de métro circulant ou aux usagers des TER qui doivent écourter leurs nuits pour tenter de se rendre sur leur lieu de travail...
On ne changera pas les choses ni l'abrutissement général qui mine la société. Je m'en garderai bien mais je sais depuis des années que le pire est à venir. Le moment viendra où il faudra partir sans regarder derrière.
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18.11.2007
Illégitimité & responsabilité

Sceau médiéval de la Sorbonne, Paris
Par nature, un syndicat étudiant n'a pas de raison d'être puisque, en effet, l'objectif premier du syndicat -au sens littéral du terme- est de défendre les intêrets des gens qui entreprennent et font tourner l'outil de production, qu'ils soient aux commandes ou à l'exécution. Or, un étudiant est improductif au sens où il n'agit pas sur cet outil durant le temps où il se forme. S'il travaille par ailleurs pour financer ses études, il devient donc salarié et quitte temporairement son statut.
S'il peut préparer un diplôme c'est précisément parce que la société dans son ensemble, par le biais de l'Etat et des collectivités locales, investit dans son avenir.
Les gouvernements successifs exercent peut-être mal leur prérogatives, les méthodes employées sont peut-être discutables. Là n'est pas la question. L'existence d'un "syndicat" d'étudiant, plus ou moins affilié à telle ou telle mouvance politique que surcroît, est un non-sens. Par conséquent, lorsqu'il appelle à la grève, il est dans l'illégitimité.
Comment mettre en grève des personnes improductives (au sens économique du terme)? Et puis qu'est-ce que cela signifie dans les faits?
Refuser d'aller en cours pour défendre un point de vue politique est une chose qui n'engage quà titre individuel. Là où tout se complique c'est lorsqu'on se rend compte que cette posture n'est pas suffisante pour que l'on parle d'un mouvement de grogne.
Le premier visage de l'illégitimité se manifeste dans la volonté affichée de certains groupuscules d'empêcher le fonctionnement effectif des structures en bloquant les accès aux salles, par l'intimidation des étudiants non grévistes. En d'autre termes, si moi je décide d'une grève, vous devez tous me suivre.
Cette attitude de contrainte ne peut être défendable au même titre que celle qui consiste à dégrader le mobilier des établissements car il s'agit de fonds publics, d'un effort de l'ensemble de la collectivité. Or l'argent public a ceci de particulier qu'on ne peut y toucher sans avoir à rendre des comptes.
Illégitimité aussi dans l'expression du choix pseudo-démocratique. Le vote à main levée dans une assemblée bruyante et brouillonne n'est qu'une parodie au même titre que le serait une élection à l'applaudimètre. On lui fait dire ce que l'on veut sans réelle possibilité de contrôle.
Illégitimité enfin dans les revendications. Un gigantesque fourre-tout où l'on retrouve pêle-mêle des considérations sur la politique d'immigration, les désaccords sur la loi concernant l'autonomie universitaire, la défense des services publics, et caetera...
J'ai moi-même été étudiant, j'ai vécu et subi d'autres mouvements du genre en d'autres temps. A l'époque déjà, je m'y opposais.Non par conscience politique partisane mais au nom d'une certaine logique et d'une notion qui m'a toujours semblé capitale, celle de responsabilité.
Un étudiant est fait pour étudier. On sait que cela est de plus en plus difficile pour une foule de raisons. A fortiori donc, du fait précisément de ces difficultés trouver la bonne voie dans un système complexe de formation, de notation et de niveaux.
Qu'un étudiant ait une conscience politique et s'engage pour la défendre est une très bonne chose, cependant l'expérience montre qu'il a tendance à cruellement manquer de recul sur sa perception des évènements. J'en veux pour preuve la fameuse "loi Pécresse" qui a mis le feu aux poudres: mal lue, mal comprise, trop extrapolée avant même que d'être appliquée sur le terrain. Elle est sans doute truffée d'approximations mais on ne peut pas la condamner avant même que de l'avoir testée.
La responsabilité première de l'étudiant, vis à vis de la société, est de mener à terme sa formation et de s'insérer au mieux et au plus vite dans le monde du travail que l'on sait particulièrement difficile. Si le système est défaillant, il lui revient de le faire savoir et de se placer dans une logique active en proposant des solutions sans jouer perpétuellement le rôle de la victime aux réactions puériles et désordonnées. Etre étudiant ça n'est juste qu'un stade dans la vie, dans certaines et pas d'autres d'ailleurs, cela ne saurait représenter un passage obligé ni encore moins une catégorie socio-professionnelle.
Si les étudiants se réunissaient en associations plutôt qu'en syndicats, s'ils menaient une réelle réflexion sur leur implication dans la société moderne et ses enjeux, ils pourraient constituer des groupes de pression donc l'action serait autrement plus constructive que le blocage des facs. Car non seulement ces actes ne sont pas compris par l'opinion publique mais ils finissent par être contre-productifs et jeter le discrédit sur une partie de la population.
Quand j'entends parler M.Julliard qui se donne à nouveau les airs importants de ceux qui pensent jouer dans la cour des grands sous prétexte d'être le porte parole de l'UNEF, j'émets de sérieux doutes quant la volonté réelle de faire avancer les choses dans le bon sens, de sortir de la crise, et pour les étudiants et pour l'ensemble de la société.
Le "bazar" ne serait-il pas, dans le fond, un mode de fonctionnement bien pratique pour certains? On est en droit de se le demander quand, par exemple, une université ayant voté la reprise des cours se trouve contrainte d'y renoncer du fait de l'action combinée du jusquauboutisme d'une poignée d'irréductibles et de la pusillanimité des présidents se réfugiant derrière le rempart de la sécurité pour ne pas avoir à prendre la décision impopulaire -mais ô combien salutaire- de "faire donner la cavalerie".
23:25 Publié dans Grandes réflexions :-) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : facs en crise, université
Quand les choses se précipitent...
Suite au succès d'estime obtenu avec la première exposition fin octobre des photos des Desperate FrenchBears réalisées avec les amis du groupe et mises en oeuvre pour que leur sortie corresponde avec l'élection de Mr Bear France 2008, proposition m'a été faite par le bar partenaire de l'évènement de monter quelque chose de plus important et de plus personnel pour la fin de l'année dans ses murs, à Paris.
C'est donc chose quasiment faite à la date où je laisse cette note ici, même s'il reste beaucoup de détails à régler et que l'expérience en la matière me fait défaut.
Si les premières fois ont souvent l'aspect excitant du challenge, elles s'accompagnent également de leur lot de tâtonnements et d'incertitudes. A fortiori pour quelqu'un qui, par nature, connaît l'impermanence des choses, des situations et des gens. Il faut tout gérer et anticiper le plus possible. Je peux toutefois compter sur le soutien moral et l'aide précieuse d'artistes et amis qui, non seulement, sont rodés aux expositions (et parfois même aux antipodes) mais encore, qui connaissent les ressorts et les limites de l'esprit de notre chère bonne capitale dont la psychologie de fonctionnement me semble parfois un tantinet absconse.
Je suis présentement sur trois fronts, simultanément: celui de l'encadrement -que je souhaite de qualité- des photos sélectionnées et dont les tirages ont bien été réceptionnés dans les délais, celui de la communication ensuite, pour faire connaître l'exposition au plus grand nombre tout en ne perdant pas du vue que c'est la première et que, par conséquent, la part d'humilité doit être encore plus grande, et enfin celui de l'organisation générale (timing, détails techniques divers...) sachant, qu'évidemment il y aura une part d'improvisation sur place.
Je ne veux pas me mettre la pression et je me refuse à attendre quoi que ce soit de cette exposition, même si j'en souhaite le meilleur: je pense avoir mis dedans tout ce que je pouvais mettre en énergie créatrice et en moyens matériels. Le reste sera bientôt dans la main d' al-Masir, le petit nom oriental du Destin. Nous verrons s'il est avec moi.
En attendant, voici le "carton" de l'exposition mis au point il y a quelques jours.

00:37 Publié dans Gay & Bear | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Exposition photos, exposition Qaherabear, Bear art