12.01.2008

Dans les yeux de Khéphren

 

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Exposition Pharaon, Musée de Valenciennes, 2008. Photo Qaherabear

Dans les yeux de Khéphren, sous sa vitrine, j'ai revu les années d'avant. Les années d'il y a dix ans.

Du Musée du Caire, où nous nous étions rencontrés, au temps d'hiver du Nord dans l'écrin des Beaux Arts de Valenciennes, il a fallu tout ce temps-là pour que nos chemins se croisent à nouveau. Le temps d'un face-à-face, d'un sourire et d'une ou deux photos... Tant de choses ont changé. Pour moi, par pour le roi taillé dans l'albâtre "pour la durée éternelle et la durée infinie". Tant de choses, mais finalement pas l'essentiel. J'ai gardé au coeur ce que je suis et cet attachement indiscible, presque aussi vieux que mon existence même, à cette immémoriale terre égyptienne où j'ai laissé un peu de moi comme j'ai dû en laisser au Sénégal où je suis né...

Dans les yeux de Khéphren, il y avait des mots et des lignes qui se reflétaient par l'effet de prisme et de miroir du cube de verre qui enveloppait la statue. Des mots comme une passerelle entre le temps des Pyramides et celui des ordinateurs. J'ai lu le nom du roi "Khâfrê" dans son cartouche gravé au côté droit du trône. En procédant ainsi, j'ai réactivé la force vitale du Ka selon ce que croyaient les égyptiens de ce temps là et que je crois encore aujourd'hui. Nommer pour reconnaître et faire exister...

Juste derrière le pharaon -"peraâ", le grand-palais- le visage rond de granit du jeune Ramsès II souriait à un millénaire de distance. Autre jalon dans le temps qui nous semble faussement linéaire et compressé vu de notre propre époque. Pour Ramsès, le temps des Pyramides et de Khéphren était aussi lontain que peut l'être celui des premières cathédrales pour nous autres. Selon où l'on se place, tout devient relatif.

Au cours de ma visite, au milieu de plein de gens qui ne se connaissaient pas mais qui partageaient l'émotion de la découverte, je me suis placé à bien des angles différents, révélant par le biais du fugace faisceau rouge de la fonction "mise au point" de mon appareil photo, un détail ou une inscription que la scénographie ne montrait pas.

Au détour d'une semi rotonde rouge, entre grands Vizirs et scribes impavides, un autre visage royal familier m'a souri. Je n'avais jamais vraiment réussi à le sortir de son ombre lorsqu'il trônait dans un recoin du Musée du Caire. Là, il était en pleine lumière et semblait jouer avec elle...

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Ramsès inconnu, photo Qaherabear

La lumière qui avait un sens si particulier pour les égyptiens de l'Antiquité a fait réaliser à leurs artisans des merveilles. Elles étainet pourtant le plus souvent destinées au secret de l'ombre des temples. Ce qui se révèle est caché, comme l'acte de création. La lumière est née du Noun, l'Océan primordial. Et quand Akhénaton vénère le soleil, il n'ignore pas que, dans l'ombre, s'opère la régénération.

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Akhénaton, partie supérieure d'un pilier osiriaque, photo Qaherabear
L'or, la chair des dieux qui ne se corrompt jamais, donne à cette lumière tout son éclat et sa véritable portée. Dès lors sa valeur de ne réside plus dans le métal et sa rareté mais plutôt dans la capacité que l'or a de sublimer les rayons du soleil. L'aspect matériel est secondaire par rapport au véritable sens des choses, même s'il fait  partie de leur composition...
Je sais maintenant que je reverrai Khéphren. Ce sera en ses terres. Je sais aussi que les yeux de pierre noire du roi Psousennès "Pa Séba en Niout" se poseront à nouveau sur moi avec bienveillance et que nous continueront ce dialogue muet entamé il y a déjà bien longtemps pour ma petite vie d'homme.
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Masque funéraire de Psousennès Ier, photo Qaherabear

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