22.02.2008

Le grand n'importe quoi

A la télévision, la énième cérémonie des César distille son lot de prétention, de phrases creuses, de pseudo bons mots, elle s'agrémente de clins d'oeils critiques -ou voulus tels- sur les errances de la politique actuelle... Le monde du cinéma franco-français se congratule sur les ondes mais dehors il fait froid et la nuit s'est étendue sur une époque étrange, celle du grand n'importe quoi.

Dans les rues de Paris, la pauvreté ne se cache même plus. Pour que les droits élémentaires ne soient pas bafoués par le rouleau compresseur de l'ultra-libéralisme, il faut même qu'elle en arrive à se mettre en scène sous des centaines de couvertures de survie aux reflets dorés d'un tapis éphémère de palais de conte de fées.

Chaque jour apporte son lot de déclarations imbéciles et d'actes irréfléchis. La presse s'est tellement enivrée qu'elle en demande toujours plus. Le pire, sans doute, est qu'elle demeure persuadée de jouer son rôle critique contestataire. Il n'en est rien. Un brûlot publié ça et là ne suffit pas à racheter une conduite. Trop de collusion avec un pouvoir dont l'exécutif abuse dans un climat de pagaille généralisée.

Le grand n'importe quoi en somme. Le Président, d'une pauvreté humaine affligeante, agit comme une calamité qui aurait attiré dans son sillage les incompétents de tous bords et qui serait parvenu à pervertir ceux qui avaient peut-être quelque chose à dire.

Le système qu'il a patiemment mis en place avec intimidation et brutalité se révèle une aberration. Il apparaît comme une tentative d'obtenir ce qui ne peut s'acheter, la reconnaissance. Le personnage a tout à prouver, tout à légitimer. Son âge, sa physionomie, ses origines...Bref, tout ce qui devrait être du domaine de l'accessoire quand on prétend avoir un projet de gouvernement pour un pays.

Depuis des années nous errons, coincés entre des retards d'évolution des consciences, des valeurs qui n'ont plus de sens parcequ'elles ont été par trop baignées de sang (la jacobinisme ou cette maudite "fierté nationale" si mal placée), et la faux de l'économie mondiale qui régente nos existences au mépris de tout ce qui fait que nous méritons le nom d'Hommes. Cette errance en France aujourd'hui a pris une autre dimension, plus dramatique, parce qu'elle dresse les citoyens les uns contre les autres. Nous marchons sur la tête à la façon de fous et nos élites, piégées dans leurs contradictions et leurs intérêts, ne trouvent même plus l'énergie pour inverser la vapeur.

L'alternative n'existe pas dans le paysage politique local. On nous rebat les oreilles avec la "révolution" et l'extrême gauche s'agite comme des vers au bout d'hameçons. Elle aussi n'a rien compris. La révolution c'est le triomphe de la barbarie, la dictature de la médiocrité, au moins pour un temps. Il faut passer à autre chose et rabattre le caquet des petits hommes qui aboient comme des roquets du haut de leurs estrades.

 L'an dernier les français ont choisi. Il sont commis une profonde erreur. Nous la payons. Comme le disaient nos ancêtres à l'approche d'un danger, d'une peste, ou d'une invasion: libera nos Domine.

Les temps qui viennent nous apporteront un savant mélange modernisé de tout cela. Demain sera pire qu'aujourd'hui.

17.01.2008

Du regard sans complaisance

Poser un regard sans complaisance sur le monde n'est pas un simple exercice de style pour philosophe en manque de légitimité. C'est une nécessité citoyenne, impérieuse et quotidienne.

La lucidité sur la nature humaine ambigüe permet d'avancer en essayant de la mieux connaître. Je sais que moi, Homme, je suis capable du meilleur comme du pire. Et plus souvent du pire d'ailleurs parce que je tends naturellement vers la facilité et que la facilité se contente de ce qui est superficiel, rapide, dans l'immédiateté. Elle ne me pousse pas à penser ni à peser la portée de mes actes.

Comment alors croire dans la guimauve des beaux discours sur la tolérance ou la fraternité? Ces valeurs sont vaines du fait de notre état de nature. Elles ne peuvent être que des objectifs à atteindre, des idéaux vers lesquels s'orienter, sûrement pas des acquis transmis d'une génération à l'autre.

Dans la masse des gens, seuls quelques esprits éclairés -souvent très différents les uns des autres- en ont fait un mode de fonctionnement. Pour la majorité, ces termes ne sont que vernis qui a tôt fait de s'écailler au moindre accrochage avec la réalité.

Qu'on limite le nombre de rames de métro aux heures de pointe quand les quais des stations sont bondés et l'on verra ce qui reste de la fraternité. Chacun tentera de passer le premier, de forcer l'entrée au risque de piétiner son voisin...

Quels sont les crétins qui croient encore que "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" pour reprendre l'expression? Peut-être ceux-là même qui se sont un jour révoltés contre la vilaine petite société bourgeoise qui, nous-dit-on aujourd'hui encore, étouffait leurs petites aspirations de consommateurs vedettes des Sixties dont nous ne cessons aujourd'hui de payer le souvenir cuisant.

Sûrement ceux-là même pour qui il était interdit d'interdire et qui ont bâti leur existence sur la course à la réussite, l'exploitation des autres au nom du sacro-saint marché et bien verrouillé les portes derrière eux.

Que cette génération disparaîsse enfin, avec sa pseudo culture, avec ses valeurs creuses et sa splendide hypocrisie. Même s'il s'agit de celle de mes parents et qu'ils n'y peuvent rien, puisse le temps l'effacer et jeter du gros sel sur l'ère maudite des Trente glorieuses.

Peut-être trouvera-t-on alors derrière un peu de cette lucidité responsable vers laquelle se diriger pour que nos descendants -enfin, ceux de mes contemporains- n'aient pas à devoir essuyer trop de plâtres mal posés.

22.11.2007

Indécence

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"Je suis chargé des relations humaines et je ne gagne que 1800 euros nets par mois! Vous rendez-vous compte?..."

J'ai entendu hier cette phrase dans un reportage télévisé. Elle était prise sur le vif dans le cortège des manifestants de la fonction publique défilant à Paris pour la grande énième journée de contestation sociale.

J'ai souri. Avec amertume mais j'ai souri. C'était cela où lancer ma chaise contre l'écran qui aurait implosé et volé en éclats...

Cette déclaration est à l'image de ce que nous vivons depuis plus d'une semaine: une situation indigne. Indigne et indécente.

Certes, je ne connais pas la situation de cet homme interrogé par le journaliste. Peut-être a-t-il charge de famille? Sans doute a-t'il aussi des traites à payer... Il est vrai. Mais c'est aussi un choix qu'il a fait en son temps. Comment peut on oser se plaindre de percevoir pareil salaire lorsque la pénibilité d'un travail est somme toute assez limitée, lorsque la sécurité de l'emploi est quasiment acquise ou qu'un certain nombre d'avantages liés à la fonction sont bien réels?

Comment peut-on oser défiler dans la rue pour demander plus, alors qu'une grande majorité en est encore loin? Vouloir plus, vouloir mieux ne me dérange aucunement à condition que cela ne se fasse pas au détriment des autres. Or, ne pas assurer son travail, les cours du jour, le fonctionnement d'un service c'est mettre les autres devant le fait accompli, ceux-là mêmes qui ne pourront jamais se payer le luxe de débrayer.

Car on ne fait pas grève quand on n'est pas fonctionnaire ou assimilé. La loi précise que nul ne peut-être licencié pour fait de grève...Mais qu'en est-il dans la réalité d'un marché du travail transformé ne jungle d'autant plus facilement que l'excès de législation favorise une opacité étouffante?

Je travaille depuis presque dix ans. Durant ce laps de temps, malgré mes diplômes, mes expériences, je n'ai jamais obtenu de contrat fixe avec un salaire fixe à la clé. Je fais partie de ce que l'on nomme pudiquement avec cette pointe d'hypocrisie toute française, les précaires. J'ai connu des mois fastes mais je vis à nouveau sous le seuil de la pauvreté si j'en crois les indices officiels de l'INSEE (ou pas loin en tout cas). Cette "flexibilité" que l'on vante, je suis dedans depuis toujours. J'y ai puisé une part de liberté certes, mais elle m'a été imposée par ce pays, par la branche dans laquelle j'exerce mon métier. De fait on m'a mis hors des circuits classiques de la consoimmation: aucun prêt ne peut m'être accordé, je ne peux pas accéder à la propriété. Sans la caution de mes parents, je n'aurais pas pu louer mon appartement...

Comment ne pas ressentir le plus grand mépris pour tous ces gens qui défilent pour se plaindre d'avoir au moins quelque chose? Ma retraite à moi, elle sera faite de labeur jusqu'au bout car ma précarité actuelle constituera un handicap encore plus lourd à gérer par la suite. Il faudra de plus que je paye celle de la génération de mes parents.

Et l'on voudrait que j'aie ne serait-ce qu'une once de compassion pour ceux que l'on désigne sous le vocable de "Régimes spéciaux", ceux-là mêmes qui prennent le pays entier en otage?

C'est chose impossible. Mon humanisme est limité par la notion d'injustice. Si j'avais ressenti le moindre mouvement de sympathie pour les revendications actuelles des uns et des autres, elle aurait fini par s'évaporer lorsque je vois les actes et que j'entends les discours. Syndicats haineux, restés aux temps de la lutte des classes et prêts à se déchirer avec la vindicte d'une populace mal dégrossie, qui ne savent que contester sans se rendre compte, les crétins, qu'ils font le jeu d'un gouvernement qui se fiche bien d'eux.

En bout de course tout passera, les lois seront entérinées et le crédit de l'action syndicale diminuera d'autant. Que m'importe de savoir si les cheminots payent davantage de cotisations sociales: ils ont eu tout le loisir de pouvoir négocier depuis que la réforme a été évoquée. S'ils n'ont pas su le faire en dehors de la confrontation, ils n'ont qu'à en assumer les conséquences, je n'irai pas les plaindre comme je ne le ferai pas avec les agents EDF ou autres. Certes, les conditions de travail sont difficiles. Personne ne le nie. Mais il y a un argument-massue qui vient balayer toutes les récriminations, fussent-elles des plus bruyantes: celui du libre choix.

Quand on choisit d'être cheminot ou technicien on sait à quoi s'en tenir, on connait la pénibilité de la tâche, les horaires décalés, les astreintes. Tous ces éléments sont détaillés dans un contrat de travail. Quand on le signe, on les accepte. Il est indigne d'aller, par la suite, utiliser ces faits comme des arguments justifiant les revendications au même titre qu'il est indigne pour un futur médecin de refuser de s'installer ailleurs qu'en ville. Il a choisi son métier, il en connaît les enjeux, les limites, il les assume.

Choix et responsabilités vont ensemble et sont les seuls garants de l'évolution positive des choses. Au lieu de celà chacun tire la couverture à lui en poussant le cynisme jusqu'à aller prétendre que la contestation est faite pour le bonheur de tous.

Qu'on aille dire cela aux milliers de parisiens comprimés depuis huit jours dans les rares rames de métro circulant ou aux usagers des TER qui doivent écourter leurs nuits pour tenter de se rendre sur leur lieu de travail...

On ne changera pas les choses ni l'abrutissement général qui mine la société. Je m'en garderai bien mais je sais depuis des années que le pire est à venir. Le moment viendra où il faudra partir sans regarder derrière.

18.11.2007

Illégitimité & responsabilité

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Sceau médiéval de la Sorbonne, Paris 

Par nature, un syndicat étudiant n'a pas de raison d'être puisque, en effet, l'objectif premier du syndicat -au sens littéral du terme- est de défendre les intêrets des gens qui entreprennent et font tourner l'outil de production, qu'ils soient aux commandes ou à l'exécution. Or, un étudiant est improductif au sens où il n'agit pas sur cet outil durant le temps où il se forme. S'il travaille par ailleurs pour financer ses études, il devient donc salarié et quitte temporairement son statut.

S'il peut préparer un diplôme c'est précisément parce que la société dans son ensemble, par le biais de l'Etat et des collectivités locales, investit dans son avenir.

Les gouvernements successifs exercent peut-être mal leur prérogatives, les méthodes employées sont peut-être discutables. Là n'est pas la question. L'existence d'un "syndicat" d'étudiant, plus ou moins affilié à telle ou telle mouvance politique que surcroît, est un non-sens. Par conséquent, lorsqu'il appelle à la grève, il est dans l'illégitimité.

Comment mettre en grève des personnes improductives (au sens économique du terme)? Et puis qu'est-ce que cela signifie dans les faits?

Refuser d'aller en cours pour défendre un point de vue politique est une chose qui n'engage quà titre individuel. Là où tout se complique c'est lorsqu'on se rend compte que cette posture n'est pas suffisante pour que l'on parle d'un mouvement de grogne.

Le premier visage de l'illégitimité se manifeste dans la volonté affichée de certains groupuscules d'empêcher le fonctionnement effectif des structures en bloquant les accès aux salles, par l'intimidation des étudiants non grévistes. En d'autre termes, si moi je décide d'une grève, vous devez tous me suivre.

Cette attitude de contrainte ne peut être défendable au même titre que celle qui consiste à dégrader le mobilier des établissements car il s'agit de fonds publics, d'un effort de l'ensemble de la collectivité. Or l'argent public a ceci de particulier qu'on ne peut y  toucher sans avoir à rendre des comptes.

Illégitimité aussi dans l'expression du choix pseudo-démocratique. Le vote à main levée dans une assemblée bruyante et brouillonne n'est qu'une parodie au même titre que le serait une élection à l'applaudimètre. On lui fait dire ce que l'on veut sans réelle possibilité de contrôle.

Illégitimité enfin dans les revendications. Un gigantesque fourre-tout où l'on retrouve pêle-mêle des considérations sur la politique d'immigration, les désaccords sur la loi concernant l'autonomie universitaire, la défense des services publics, et caetera...

J'ai moi-même été étudiant, j'ai vécu et subi d'autres mouvements du genre en d'autres temps. A l'époque déjà, je m'y opposais.Non par conscience politique partisane mais au nom d'une certaine logique et d'une notion qui m'a toujours semblé capitale, celle de responsabilité.

Un étudiant est fait pour étudier. On sait que cela est de plus en plus difficile pour une foule de raisons. A fortiori donc, du fait précisément de ces difficultés trouver la bonne voie dans un système complexe de formation, de notation et de niveaux.

Qu'un étudiant ait une conscience politique et s'engage pour la défendre est une très bonne chose, cependant l'expérience montre qu'il a tendance à cruellement manquer de recul sur sa perception des évènements. J'en veux pour preuve la fameuse "loi Pécresse" qui a mis le feu aux poudres: mal lue, mal comprise, trop extrapolée avant même que d'être appliquée sur le terrain. Elle est sans doute truffée d'approximations mais on ne peut pas la condamner avant même que de l'avoir testée.

La responsabilité première de l'étudiant, vis à vis de la société, est de mener à terme sa formation et de s'insérer au mieux et au plus vite dans le monde du travail que l'on sait particulièrement difficile. Si le système est défaillant, il lui revient de le faire savoir et de se placer dans une logique active en proposant des solutions sans jouer perpétuellement le rôle de la victime aux réactions puériles et désordonnées. Etre étudiant ça n'est juste qu'un stade dans la vie, dans certaines et pas d'autres d'ailleurs, cela ne saurait représenter un passage obligé ni encore moins une catégorie socio-professionnelle.

Si les étudiants se réunissaient en associations plutôt qu'en syndicats, s'ils menaient une réelle réflexion sur leur implication dans la société moderne et ses enjeux, ils pourraient constituer des groupes de pression donc l'action serait autrement plus constructive que le blocage des facs. Car non seulement ces actes ne sont pas compris par l'opinion publique mais ils finissent par être contre-productifs et jeter le discrédit sur une partie de la population.

Quand j'entends parler M.Julliard qui se donne à nouveau les airs importants de ceux qui pensent  jouer dans la cour des grands sous prétexte d'être le porte parole de l'UNEF, j'émets de sérieux doutes quant la volonté réelle de faire avancer les choses dans le bon sens, de sortir de la crise, et pour les étudiants et pour l'ensemble de la société.

Le "bazar" ne serait-il pas, dans le fond, un mode de fonctionnement bien pratique pour certains? On est en droit de se le demander quand, par exemple, une université ayant voté la reprise des cours se trouve contrainte d'y renoncer du fait de l'action combinée du jusquauboutisme d'une poignée d'irréductibles et de la pusillanimité des présidents se réfugiant derrière le rempart de la sécurité pour ne pas avoir à prendre la décision impopulaire -mais ô combien salutaire- de "faire donner la cavalerie".

28.09.2007

Obscurantisme

Au Pakistan, on les défigure au vitriol.

En Mauritanie, on les gave pour les faire plus rondes.

Au Soudan, on les excise. Ailleurs, on les viole en public...

En France, on les assassine encore dans l'indifférence des banlieues pourries.

Partout où les femmes sont traitées comme des marchandises ou des boucs-émissaires, là est le vrai deshonneur. Seul celui-là compte vraiment. Il fait des hommes des créatures frustes et lâches réfugiées derrière l'écran aux contours mal définis qu'on nomme traditions ou rituels.

Dans toute la palette de ses différences, dans son humanité, la femme est l'absolue égale de l'homme. Et selon la juste marche de choses, il ne saurait en aller autrement. Cette vérité première ne souffre pas d'être remise en cause.

16.09.2007

Hiatus

 

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                                                      Delacroix, La Liberté guidant le peuple (détail)

 

Je vis dans un drôle de pays.

On m'y parle de liberté alors que des milliers de lois remplissent les registres officiels et qu'on oublie de les valider et de les faire appliquer quand elles ne sont pas, tout simplement, inapplicable sur le terrain... Ou pire encore: vidées de leur substance par le Conseil Constitutionnel.

On m'y parle d'égalité et je vois partout des gens qui hurlent pour défendre des acquis sociaux qui ne sont pas destinés à tout le monde, autant de poids et de mesures qu'il existe de catégories socio-professionnelles. Une jungle de privilèges qui ne sont pas même acquis par le mérite ou par la naissance, par tradition familiale mais juste du fait d'un habile jeu de chaises musicales et de négociations laissant beaucoup d'individus sur le bord du chemin.

J'entends aussi le mot de fraternité alors que les gens se détestent, passent leur temps à envier la carrière, le salaire, les signes extérieurs de réussite du voisin. La ville a peur de sa banlieue qu'elle considère aussi avec le mépris des gens qui se croient installés et intouchables. Les couronnes s'abrutissent et enferment trop facilement les individus dans des cases: le "céfran" par-ci ou la "bourge" par là. Les voisins de palier ne se croisent même plus dans les ascenseurs...

On se craint, on s'ignore quand on ne se regarde pas de haut.

Il y a pourtant des passerelles ou des tentatives de ponts. Associations, hommes et femmes de bonne volonté qui fédèrent autour d'eux des gens de tous horizons...Cependant, la tâche semble immense. Tout ce qui est patiemment construit avec le pierre de l'humanisme est mis à mal par les agitateurs d'épouvantails de tous bords que les médias font et défont au gré des modes, des stratagèmes et des envies.

Alors on ne parle plus que de résultats, que d'argent, que de statistiques. L'homme est toujours une marchandise avec  une considération à géométrie variable selon ses origines. Certes, on prend davantage de pincettes pour "reconduire à la frontière" l'immigré clandestin mais tout cela n'est que poudre aux yeux. Les vraies questions sont éludées, nous n'avons pas de vue à moyen et long terme.

La main sur le coeur on parlera de République et de laïcité, de droit. On vantera l'abnégation de la Résistance face à la barbarie, on distillera les remords dans les consciences des plus jeunes en disant "plus jamais ça". Dans le même temps les égarements, l'à-peu-près, les injustices criantes font le terreau des horreurs futures et d'une autre barbarie, bien actuelle celle-là, qu'on pensait ne plus voir.

Je suis dans un pays, dans une société qui souffle tout et son contraire et qui a fait de l'hypocrisie une vertu. Une contrée qui ne sait plus voir au delà du premier plan, qui sort d'un passé difficile et qui, en dépit de l'amélioration incontestable de son niveau de vie, n'est pas capable de se défaire d'une forme d'obscurantisme. Il faut penser comme l'autre, s'habiller comme l'autre, contester pour contester sans vraiment savoir pourquoi. Le passé fut une suite de douleurs, l'avenir ne s'annonce pas meilleur parce qu'il n'y a pas de volonté de se dépasser.

Ceux qui offrent une image positive tournée vers l'effort, le courage, le soucis des autres sont rapidement ramenés vers des contingences orchestrées par la publicité, le marketting. Les gaillards du ballon ovale starifiés se retrouvent couverts de marques et descendus en flèche au moindre faux pas par ceux-là même qui les avaint placés au pinacle. Les grands acteurs de l'humanitaire se voient liés à des gouvernements, des groupes dont l'action est par nature incompatible avec leur mission.

Qui remarque désormais le courage, la belle action, la grandeur d'âme, l'altruisme?

Le hiatus est partout. Sans doute autant qu'ailleurs dans le monde civilisé -c'est à dire celui qui respecte l'existence et l'intégrité de chaque individu - mais peut-être est-il encore plus cruel ici parce que le pays héxagonal fut celui des Lumières.

Ces mêmes Lumières qui constituent une bonne partie de mes propres assises personnelles et de mon propre cheminement.

Où sont les gens qui, comme moi, recherchent en toute chose la fameuse "voie de la moindre violence", ceux qui placent l'Homme au centre de leurs actions et le Droit au dessus de tout ? Plus que jamais leur voix est capitale et elle s'affranchit bien des considérations nationales, des hymnes et des drapeaux.

23.08.2007

Quand la conscience devient commune

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La planète Terre, sphère dont les pôles sont légèrement écrasés du fait de l'effet de rotation, se compose de roches en fusion disposées en strates successives depuis le noyau jusqu'à la croûte refroidie, son stade ultime.

Cet ensemble est lui même "contenu" dans une enveloppe de gaz, l'atmosphère constituée également de niveaux.

Voici pour une vision scientifique classique et simplifiée. Une vision au premier degré en quelque sorte.

Essayons d'adopter un autre point de vue en y intégrant le vivant et, en particulier, le dimension humaine. Dès lors on obtient le schéma suivant:

-La sphère de base, constituée de l'ensemble des roches, du noyau à la croûte: la lithosphère

-La suivante, composée de la flore et de la faune, tous milieux confondus, êtres humains (en tant qu'organismes) compris: la biosphère

-Intégrons un niveau intermédiaire issu justement des activités humaines et des interactions qu'elles impliquent depuis la naissance des civilisations, tant sur un plan économique, politique qu'environnemental: la sociosphère

-Quatrième couche, celle qui a rendu possible la vie telle que nous la connaissons et que nous en jouissons: l'atmosphère

-Enfin, la dernière, magnétique celle-la, que des théoriciens pressentent depuis l'antiquité, à des degrés de "démonstration" divers: la noosphère, ou zone de la conscience commune.

 La théorie de la noosphère trotte dans la tête des penseurs depuis longtemps. Le savant grec Parménide en imaginait déjà les bases et les sages médiévaux, mélangeant connaissances empiriques et savoirs ésotériques, le concept. C'est surtout à Pierre Teilhard de Chardin que l'on doit la première grande réflexion construite sur cette notion.

Le cerveau humain fonctionne avec deux lobes au moyens d'influx chimiqiues et électromagnétiques. Si l'hémisphère gauche est davantage dévolu à la logique, le droit fonctionne à l'intuition. Il est capable de synthétiser des données, qui ne sont pas toutes conscientes pour les restituer sous forme de messages: les intuitions, les impressions.

L'Homme a, de tous temps, utilisé des media pour traduire ces intuitions cérébrales: pendules et autres boules de cristal. Lorsque le pendule du radiesthésiste s'agite pour indiquer une direction où une réponse, il réagit autant du fait du magnétisme terrestre que de celui impliqué par le cerveau droit de son manipulateur. Ce qui tendrait à monter que grâce à notre faculté de pré-science nous avons déjà en nous un certain nombre de réponses aux questions que nous nous posons, justement parce que notre lobe droit travaille plus vite et pour ainsi dire "au feeling" avec tout ce qu'il capte du monde extérieur.

L'idée de la noosphère a ceci d'intéressant qu' elle ne s'oppose pas aux connaissances scientifiques actuelles (il ne s'agit pas de super pouvoirs ou de magie) et, surtout, elle offre une piste de réflexion sur la notion de conscience humaine qui serait à la fois générée par chaque esprit (en fonction de sa culture, de son implantation géographiques, de son milieu social) et alimentée par une sorte de banque globale constituée de l'ensemble des autres consciences. Bref, notre cerveau aurait la faculté de se brancher sur une dimension magnétique entourant le globe -comme son champ de force par ailleurs connu et démontré-: cette fameuse noosphère.

Teilhard de Chardin et d'autres savants plus contemporains expliquent que ce réseau d'ondes "cérébrales" serait d'autant plus aisément généré que, plus un cerveau réfléchit, plus il "chauffe" et émet donc de l'énergie. Pour davantage de développements techniques sur cet aspect, on se reportera à l'entrée que wikipédia lui consacre (art. "noosphère").

La théorie de la noosphère est d'ailleurs à l'origine d'une création tout à fait originale: Internet. La technologie a rendu possible une approche tangible de ce qui existe peut être déjà dans et au dessus de nos tête depuis la création de l'être humain.

D'ailleurs, si on s'en tient au principe des ondes et d'une fréquence commune, il y a fort à parier que les animaux aient aussi une capacité à se connecter sur un autre niveau de noosphère. La complexité de leurs codes de "langage" et leur sixième sens pourraient alors en partie s'expliquer.

Bien que l'on explique "scientifiquement" les impressions de déjà-vu que l'on peut percevoir parfois, la noosphère complète cette approche: le déjà-vu serait le résultat d'un partage d'ondes avec un où plusieurs autres cerveaux (droits)émetteurs. En d'autres termes, ce qui je vis là à cet instant t, mes sensaitions psychologiques, le cadre dans lequel j'évolue, les gestes que je fais pour écrire cette note pourraient être aussi perçus par une autre personne à l'autre bout du monde qui se demanderait alors où elle a pu "voir" ces bribes qui lui passent par la tête.

Naturellement il ne s'agit que d'une théorie. Elle soulève de nombreuses questions techniques et suppose, pour la vérifier, de mettre au point des expériences qui ne sont peut-être même pas encore conceptualisables (faute de technique). C'est pourtant une piste vivace qui intéresse à la fois certains scientifiques et des penseurs, à différents niveaux. Pour ma part je m'y intéresse de longue date parce qu'il y a une dimension philosophique capitale dans cette idée de noosphère: l'interdépendance des être humains entre eux d'un point de vue spirituel et leur inscription dans une sorte de logique plus vaste, comme dans une chaîne dont ils ne seraient que quelques maillons.

On peut avoir l'intime conviction d'être unique -du fait, notamment de notre patrimoine génétique à la fois synthétique et totalement original- et accepter l'idée que nos pensées, nos impressions soient reliées à celles de nos semblables afin de nous aider à progresser.

Et je trouve celà plutôt rassurant.

07.07.2007

Trois 7 et quelques mariages

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Sept juillet deux mille sept. Trois 7 qui se suivent et réactivent le vieux fond culturel numérologique. Les 7 planètes du système solaire des Anciens, les 7 jours de la semaine (6 pour la Création et 1 pour le repos divin), les 7 péchés capitaux des Ecritures...

Les médias s'emballent et parlent de jour faste pour tenter sa chance aux jeux du hasard...et à ceux de l'amour. On apprend que des couples ont minutieusement préparé leurs noces pour cette journée à l'étrange combinaison qui ne se reproduira pas avant 70 ans. Et dans 70 ans, ils auront déjà divorcé des dizaines de fois, leur descendance avec eux...

Le château de Vaux le Vicomte, la perle de Nicolas Fouquet -"Usque non ascendam?"- qui lui coûta son poste et sa liberté, sera envahi par le "people" pour célébrer des noces télévisuelles entre une jeune femme désespérée et un joueur de ballon-au-panier d'outre-Atlantique. Oui, cette succession de trois 7 marque bien un nouveau moment d'excès dans l'inconscient de certains.

Mais les nombres, comme les symboles en général, sont subtils et cachent bien leur jeu. Ils se contentent de montrer au personnage lambda qu'une facette de leurs capacités, la plus simple, la plus accessible. Les autres ne parlent qu'à ceux qui savent s'y intéresser de manière intelligente, sans rechercher de magie derière mais plutôt un lien avec les savants du passé.

Vaux valait beaucoup mieux qu'un mariage de pacotille, même s'il lui assure quelques jolis liasses de billets verts pour son entretien. Je me rassure en me disant que ses murs et ses coupoles voulues par Le Vau, ses topiaires rayonnants imaginés par Le Nôtre seront encore là quand la mémoire des hommes aura oublié la noce trop tapageuse du jour...

 

 

13.06.2007

Béréchit. Cosmogonie Qaherabearienne

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Béréchit (hébreu: "au commencement". Début de la Génèse).

Au commencement, c'est à dire plusieurs milliards d'années en arrière, il y eu l'Explosion, le "Big Bang". Comme une poignée de sable jetée sur une table en verre et dont les grains roulent en de multiples directions, l'univers apparut avec ses myriades de corps célestes et de systèmes qui s'organisèrent au fil du temps et des lois de l'astrophysique.

Sur quoi cette matière surgit-elle? Sur quel support l'Univers grandit-il (puisque la science nous dit qu'il est encore et toujours en expansion)? Questions vertigineuses que l'esprit humain ne peut même pas concevoir.

Le cosmos s'établit sur le néant. Le même qui est au bout des fameux trous noirs, générateurs d'antimatière. J'appelle ce néant "dieu" parce que cette absence de matière a été suffisemment puissante pour générer un explosion ex-nihilo. Ce néant s'est lui-même animé.

Il ne faut pas chercher bien loin pour voir qu'en écrivant cela je n'invente rien: les grandes civilisations antiques parlent de cette entité primordiale qu'elles nomment "océan" qui, pour créer, a d'abord été mené à se démultiplier, se partitionner.

Les cosmogonies humaines des Anciens racontent toutes les mêmes épisodes, avec des variantes certes, mais suivant un même déroulement comme si elles en avaient gardé une mémoire logique.

Dans la mienne, dieu, (terme générique, on l'aura compris) est une force de création qui a lancé la machine du temps et le mouvement.

Ce faisant, elle a impulsé l'Evolution et généré son corollaire, l'Aléa, appellé aussi hasard. Que l'Homme ait deux bras et deux jambes aujourd'hui ne procède pas d'une volonté supérieure mais d'une succession d'éléments acquis par le jeu perpétuel entre l'Evolution et l'Aléa.

Quand on me dit "Dieu n'existe pas", je suis d'accord. Il est au-delà de cette notion d'existence puisqu'il est à l'origine de la mise en route du temps et du processus de création. Dieu n'existe pas, il est.

Si notre système solaire, notre galaxie sont programmés pour disparaître un jour, l'Univers, lui, est éternel. la création lancée ne peut plus s'arrêter et retourner au néant initial. Les connaissances scientifiques démontreront peut-être un jour le contraire. Pour ma part, je demeure persuadé que l'éternité est bien là dans l'existence même de l'univers en croissance et régénération perpétuelles.

Dieu, le principe fondamental, ne peut pas influer sur les destinées des créations issues de la combinaison Evolution-Aléas. Ce qui signifie que les Hommes, en tant que structures complexes ayant développé une puissante capacité de raison, sont entièrement responsables de leurs actes. De ces actes, individuels et collectifs, naissent des situations générant des aléas conduisant aux destinées. Il n'y a aucune intervention "extérieure".

Lorsqu'un tremblement de terre décime des populations entières, la responsabilité en revient aux Hommes qui se sont installés à proximité d'une source de danger potentiel. De même, les massacres perpétués par les grands dictateurs du XXème siècle sont-ils l'aboutissement de faits et de choix humains dont les racines plongent très loin dans le terreau des sociétés. Dieu, principe fondamental, ne veille pas. Il a généré l'étincelle, point.

Par ailleurs, l'Homme n'est pas l'aboutissement de la création mais bien une étape, au même titre que tout ce qui l'entoure. La matière vivante et la matière inerte sont en état d'impermanence totale, elle ne font que se transformer pour donner autre chose. De la bactérie à l'Homme, du sédiment à la montagne.

On pourrait dire que cette vision des choses, cette cosmoginie personnelle, est finalement assez froide et ne laisse pas de place à l'espoir. Au contraire, puisqu'elle est basée sur un raisonnement logique intégrant à la foi des données scientifiques et des traditions millénaires débarrassées de leurs habits légendaires. Dans ce petit raisonnement humain, dieu a sa place, à la fois limitée et capitale. Son principe n'est pas contradictoire et cette vision des choses remet l'Homme au centre de sa "destinée". Il ne peut plus se dédouaner de ses propres limites en invoquant la très hypothétique "volonté divine".

20.05.2007

Les quatre piliers de la Cité

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Cité des Quatre Milles, La Courneuve.

 

Conçues dès les années 1950 pour répondre aux besoins pressants de logement et de développement de la qualité de vie en milieu urbain, les cités qui faisaient alors figure de projets expérimentaux ambitieux et modernes se sont depuis extrêmement dégradées. Pas uniquement sur un plan structurel avec le vieillissement d'installations et de matériaux qui n'étaient pas destinés à durer, mais surtout d'un point de vue social.

Le terme même de cité véhicule avec lui une nébuleuse d'a priori négatifs depuis les années 1980. Zones reléguées à la périphérie des grandes villes, ensembles monumentaux sans âme, banlieues dangereuses...Autant de visions qui n'ont rien fait pour aider le concept à se réformer.

Or aujourd'hui, les cités sont devenues de véritables poudrières parce qu'elles ont imposé un mode de fonctionnement, des valeurs, une culture qui s'opposent à l'évolution de la société et aux fondements sur lesquels elle est bâtie.

Les cités constituent des ensembles où l'humanisme -seul garant de la pérennité d'un système de gouvernance- n'a plus sa place. Elles se sont réorganisées tacitement sur une base formée de quatre piliers:

-la prédominance du patriarcat, avec des cellules familiales où l'homme, plutôt jeune et multiculturel, impose par la force et un détournement de valeurs plus anciennes son pouvoir sur les femmes (soeurs, amies, parentes). Le corollaire de ce patriarcat est un retour à la notion de loi du plus fort. C'est à celui qui saura s'imposer par des actions d'éclat, une résistance aux pouvoirs publics qu'ira le respect des autres. Cette situation constitue une formidable régression puisqu'elle fait retourner l'homme à un quasi "état de nature" qui est un état de guerre.

-La réputation ensuite. Elle étiquette chaque résident d'une manière totalement arbitraire puisqu'elle se base sur les ragots et la déformation d'observations toujours partiales et incomplètes pour caractériser une personne. Les jeunes femmes sont les premières concernées. Les violences qu'elles subissent ont souvent la réputation comme justification: jeune filles violées en réunion sous prétexte d'une mode vestimentaire trop aguicheuse (la "tasspé"), brûlées pour avoir montré trop de liberté d'action ou de propos, séquestrées et chaperonnées afin de maintenir un hypothétique état de virginité légentaire...

En règle générale, tout individu n'entrant pas dans la norme de la cité se voit montré du doigt avec, à la clé, le risque de violences tacitement acceptées par le groupe. Etre homo dans une cité relève du vrai parcours du combattant.

-La territorialité, encore. La base du pouvoir de type patriarcal attaché à un pâté de maisons, un quartier. Elle s'exprime au travers de l'organisation en bandes où seule la force prédomine. Les bandes s'opposent pour une zone donnée, elles disposent de leurs guetteurs, de leurs hommes de mains, de leurs casseurs. Elle mettent en place un réseau qu'on a pu comparer, à tort, à une relation néo-féodale. Dans la féodalité médiévale, les liens répondaient à un code d'honneur qui n'existe pas dans la cité, sauf quand il implique une idée de réputation.

La territorialité est d'autant plus présente qu'elle profite de la démission des autorités qui se retirent peu à peu du terrain et laissent croître des zones de non-droit. Du coup, elle favorise la ramification d'un réseau souterrain.

-Les économies parallèles. Elles permettent à la cité de survivre. Car est avant tout un univers de précarité dans lequel l'avenir ne s'imagine même pas. La désespérance fait partie du climat local et peut aussi expliquer qu'il perdure. La cité vit donc d'expédients, de détournements et de trafics (drogue, contrefaçons, armes...) assurant à quelques uns une "fortune" aussi rapide qu'éphémère.

 Voila pour le constat. Il est donc temps de cesser de tourner autour du sujet et de poser les problèmes sur la table afin d'en étudier les solutions de manière cartésienne, loin de la politique de l'autruche des uns ou de celles du Kärcher des autres.

Il y a quatre pistes à suivre à mon sens.

 -Amélioration de l'habitat et responsabilisation des résidents. Aux tours et barres de béton froid, où chaque fenêtre minuscule donne sur un vis-à-vis, il faut répondre par des ensembles à échelle humaine dotés d'espaces verts, de structures publiques (sportives, culturelles, associatives) et de transports. Cette modification ne peut se faire sans l'implication de chacun par une responsabilisation poussée sur la notion de bien public. Les dégradations n'apparaîssent pas toutes seules, il est donc impératif que chacun le comprenne et l'accepte. Afin d'y parvenir, les pouvoir publics doivent utiliser sans complexe la prévention, l'explication mais aussi la sanction.

-Brassage social. Si les cités d'aujourd'hui se sont transformées au fil du temps en poudrière c'est en grande partie du fait d'une absence de mixité sociale. Ces ensembles représentent tout autant de ghettos dans lesquels ont a un peu trop vite entassé les "pauvres" et les immigrés. Or on sait bien que la tendance humaine est au regroupement autour d'origines et de cultures communes s'accompagnant du rejet des autres. Il faut casser cette logique puisqu'elle s'oppose à l'humanisme et à la notion même de société.

Lorsque les voisins n'auront plus peur les uns des autres, lorsqu'ils ne se suffiront pas des on-dit pour se faire un avis sur la culture et les pratiques de l'autre, une grande part des problèmes des cités sera résolue.

-Education et encadrement. Que ce soit pour la responsabilisation du citoyen au bien public ou à l'ouverture aux autres, l'éducation demeure une donnée fondamentale. Elle implique que les pouvoirs publics développent des structures éducatives, bases du brassage, qui soient en mesure de former les enfants mais aussi les adultes en demande. Ces structures existent déjà, associatives la plupart du temps. Il conviendrait de les renforcer et d'établir des passerelles entre elles. La notions de responsabilité, de respect et de droit doivent impérativement être le point de mire de toutes les actions d'éducation et d'encadrement. La formation intellectuelle doublée de l'implication citoyenne constituent des assises incontournables.

On ne peut plus demander aux générations actuelles de se retrouver dans les idéaux si différents et, somme toute, assez partisans de leurs anciens: la République, la Nation, la Patrie... Il faut viser plus haut et parler de droit, de démocratie, de respect, d'accomplissement personnel, d'obligations citoyennes, d'humanisme tout simplement.

-L'implication économique. Pour mettre fin aux réseaux souterrains, la seule restauration de l'autorité par la responsabilisation et le droit ne suffit pas. Une assise économique est nécessaire: maillage par les commerces et les services de proximité, installation d'entreprises sur place où dans un périmètre proche favorisant un accès au travail. En soi, pas de révolution dans la mesure où c'est ainsi que la banlieue avait été initialement conçue. Il s'agit d'adapter aux besoin du XXIème siècle une recette qui n'a pas été menée à son terme auparavant parce que ces concepteurs s'étaient alors égarés dans des considérations trop utopistes de "cité radieuse" ou autres tripodes du type Mirail.

L'être humain n'est pas destiné à vivre entassé dans un climat de violence latente. Les "Trente glorieuses" ont oublié ce paramètre dont les conséquences ont des proportions aujourd'hui catastrophiques. La Cité cristallise toutes les limites d'un système qui génère des laissés-pour-compte à la pelle. La refonte du concept même de banlieue s'impose désormais comme un enjeu capital. Plus on attend plus le risque d'un grave embrasement augmente. Les événements de 2005 n'en ont d'ailleurs été qu'un signal avant-coureur.

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