18.11.2007
Illégitimité & responsabilité

Sceau médiéval de la Sorbonne, Paris
Par nature, un syndicat étudiant n'a pas de raison d'être puisque, en effet, l'objectif premier du syndicat -au sens littéral du terme- est de défendre les intêrets des gens qui entreprennent et font tourner l'outil de production, qu'ils soient aux commandes ou à l'exécution. Or, un étudiant est improductif au sens où il n'agit pas sur cet outil durant le temps où il se forme. S'il travaille par ailleurs pour financer ses études, il devient donc salarié et quitte temporairement son statut.
S'il peut préparer un diplôme c'est précisément parce que la société dans son ensemble, par le biais de l'Etat et des collectivités locales, investit dans son avenir.
Les gouvernements successifs exercent peut-être mal leur prérogatives, les méthodes employées sont peut-être discutables. Là n'est pas la question. L'existence d'un "syndicat" d'étudiant, plus ou moins affilié à telle ou telle mouvance politique que surcroît, est un non-sens. Par conséquent, lorsqu'il appelle à la grève, il est dans l'illégitimité.
Comment mettre en grève des personnes improductives (au sens économique du terme)? Et puis qu'est-ce que cela signifie dans les faits?
Refuser d'aller en cours pour défendre un point de vue politique est une chose qui n'engage quà titre individuel. Là où tout se complique c'est lorsqu'on se rend compte que cette posture n'est pas suffisante pour que l'on parle d'un mouvement de grogne.
Le premier visage de l'illégitimité se manifeste dans la volonté affichée de certains groupuscules d'empêcher le fonctionnement effectif des structures en bloquant les accès aux salles, par l'intimidation des étudiants non grévistes. En d'autre termes, si moi je décide d'une grève, vous devez tous me suivre.
Cette attitude de contrainte ne peut être défendable au même titre que celle qui consiste à dégrader le mobilier des établissements car il s'agit de fonds publics, d'un effort de l'ensemble de la collectivité. Or l'argent public a ceci de particulier qu'on ne peut y toucher sans avoir à rendre des comptes.
Illégitimité aussi dans l'expression du choix pseudo-démocratique. Le vote à main levée dans une assemblée bruyante et brouillonne n'est qu'une parodie au même titre que le serait une élection à l'applaudimètre. On lui fait dire ce que l'on veut sans réelle possibilité de contrôle.
Illégitimité enfin dans les revendications. Un gigantesque fourre-tout où l'on retrouve pêle-mêle des considérations sur la politique d'immigration, les désaccords sur la loi concernant l'autonomie universitaire, la défense des services publics, et caetera...
J'ai moi-même été étudiant, j'ai vécu et subi d'autres mouvements du genre en d'autres temps. A l'époque déjà, je m'y opposais.Non par conscience politique partisane mais au nom d'une certaine logique et d'une notion qui m'a toujours semblé capitale, celle de responsabilité.
Un étudiant est fait pour étudier. On sait que cela est de plus en plus difficile pour une foule de raisons. A fortiori donc, du fait précisément de ces difficultés trouver la bonne voie dans un système complexe de formation, de notation et de niveaux.
Qu'un étudiant ait une conscience politique et s'engage pour la défendre est une très bonne chose, cependant l'expérience montre qu'il a tendance à cruellement manquer de recul sur sa perception des évènements. J'en veux pour preuve la fameuse "loi Pécresse" qui a mis le feu aux poudres: mal lue, mal comprise, trop extrapolée avant même que d'être appliquée sur le terrain. Elle est sans doute truffée d'approximations mais on ne peut pas la condamner avant même que de l'avoir testée.
La responsabilité première de l'étudiant, vis à vis de la société, est de mener à terme sa formation et de s'insérer au mieux et au plus vite dans le monde du travail que l'on sait particulièrement difficile. Si le système est défaillant, il lui revient de le faire savoir et de se placer dans une logique active en proposant des solutions sans jouer perpétuellement le rôle de la victime aux réactions puériles et désordonnées. Etre étudiant ça n'est juste qu'un stade dans la vie, dans certaines et pas d'autres d'ailleurs, cela ne saurait représenter un passage obligé ni encore moins une catégorie socio-professionnelle.
Si les étudiants se réunissaient en associations plutôt qu'en syndicats, s'ils menaient une réelle réflexion sur leur implication dans la société moderne et ses enjeux, ils pourraient constituer des groupes de pression donc l'action serait autrement plus constructive que le blocage des facs. Car non seulement ces actes ne sont pas compris par l'opinion publique mais ils finissent par être contre-productifs et jeter le discrédit sur une partie de la population.
Quand j'entends parler M.Julliard qui se donne à nouveau les airs importants de ceux qui pensent jouer dans la cour des grands sous prétexte d'être le porte parole de l'UNEF, j'émets de sérieux doutes quant la volonté réelle de faire avancer les choses dans le bon sens, de sortir de la crise, et pour les étudiants et pour l'ensemble de la société.
Le "bazar" ne serait-il pas, dans le fond, un mode de fonctionnement bien pratique pour certains? On est en droit de se le demander quand, par exemple, une université ayant voté la reprise des cours se trouve contrainte d'y renoncer du fait de l'action combinée du jusquauboutisme d'une poignée d'irréductibles et de la pusillanimité des présidents se réfugiant derrière le rempart de la sécurité pour ne pas avoir à prendre la décision impopulaire -mais ô combien salutaire- de "faire donner la cavalerie".
23:25 Publié dans Grandes réflexions :-) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : facs en crise, université