12.10.2007

Haka

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Quand je croyais mourir, l'ennemi à ma suite
Tu as ouvert la terre afin qu'en elle je puisse
M'effacer de ce monde pour le temps de ma fuite
Désormais c'est pour toi que mes mains frappent mes cuisses

Je suis mort! Je suis mort...Non. Je suis bien en vie
Et je m'en vais sortir jusque vers le soleil
Une marche puis une autre pour quitter le sommeil
Qui guette dans ce trou le guerrier à l'envie

Maintenant c'est pour toi que je fais cette danse
Ka mate! Ka ora! Et je frappe en cadence
Chef au pelage sombre, il est là le soleil!

Mon histoire pour longtemps restera sans pareille
Whakawhiti te ra! Au long nuage blanc
Mon île et sa fougère sur le noir de ton flanc.

 

Gab.Xerxès pour HQb, oct 07

26.01.2007

Il vient toujours le temps...

Il vient toujours le temps qui voit mourir les justes 

Pour donner la mesure de ce qu'ils ont laissé

Tout au fond des regards bien trop souvent baissés

Effaçant les cartons, l'étoile sur les bustes

 

Peuple des sans-abris et des parias du monde

Levez-vous de la rue et traversez les portes

De ces sociétés vides qui se croyaient si fortes

Derrière leurs vitrines où l'oubli seul abonde

 

Petit coffre de bois dans le noir de la terre

On a planté sur toi les clous de la misère

Vissé l'indifférence et ces mots qui sont miens

 

Tu es si loin ailleurs, ici sont tes paroles 

Au coeur des Compagnons, là sous la banderole

Qui dit en bleu: adieu l'abbé, on t'aimait bien...

15.01.2007

Sonnet XXXII



Je me ferai savant en la philosophie,
En la mathématique, et médecine aussi :
Je me ferai légiste, et d’un plus haut souci
Apprendrai les secrets de la théologie :

Du luth, et du pinceau j’ébatterai ma vie,
De l’escrime et du bal : je discourais ainsi,
Et me vantais en moi d’apprendre tout ceci,
Quand je changeai la France au séjour d’Italie.

Ô beaux discours humains ! je suis venu si loin,
Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse, et de soin,
Et perdre en voyageant le meilleur de mon âge.

Ainsi le marinier souvent pour tout trésor
Rapporte des harengs en lieu de lingots d’or,
Ayant fait, comme moi, un malheureux voyage.

 

Joachim Du Bellay, Les Regrets, XXXII

 

Voici l'un des textes sur lequel je fais plancher mes candidats au bac français (oraux blancs) en ce moment. Leur analyse est souvent beaucoup trop scolaire. On leur a appris à trop décortiquer les vers au risque de les abîmer. C'est dommage, mais l'épreuve du bac est aussi à ce prix. Du Bellay mérite tellement plus d'égards...



15.05.2006

"Prière à Dieu"

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En cette période d'agitation médiatique autour du "Da Vinci Code" -qui mélange gaillardement ésotérisme, complots, codages et manipulations diverses- et de l'Opus Dei (congrégation conservatrice sur laquelle on phantasme particulièrement), il est bon de se rappeler que les philosophes des Lumières ont beaucoup écrit sur la religion. A cette époque, la société ne pouvait se concevoir hors d'un système religieux. Si en Europe les choses ont évolué depuis, au moins en apparence -car les vieux démons ont la vie dure- la situation n'est pas partout la même, loin s'en faut.

 

Voici ce qu'écrivait Voltaire en 1763 dans son Traité de la tolérance :



"Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse ; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures  perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cour pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à tes yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet , qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s'enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères ! Qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l'instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam  jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. "

 

A méditer!

10.05.2006

Petit que j'étais, moi

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Petit que j'étais, moi
Sur l'île de Gorée
Sous l'enjambée des portes
Du temps des chaînes mortes

Petit que j'étais, moi
Mes sandales à l'orée
De la sanglante enclave
La Maison des esclaves

La mer ne dit pas tout
Des corps qu'elle a léchés
Petit moi que j'étais
J'en devinais partout

Seul le sel peut absoudre
L'océan peut dissoudre
Les murs, pas l'homicide

Sur la peau noire, les fers
Sur le port, les affaires
Conclues en génocide


 

HQB, 2006, "Amours, délices & orgues"

 

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18.04.2006

"On ne voit bien qu'avec le coeur..."

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"... L'essentiel est invisible pour les yeux."

En cette année 2006, on va commémorer le 60ème anniversaire de la parution française du Petit Prince, de St Exupéry.

Ce texte est pour moi certainement l'un des plus beaux du monde. Plus qu'un simple conte pour enfants, c'est un vrai récit philosophique sur l'humanité.

J'ai eu la chance de le relire alors que j'étais prof au Caire. Il figurait au programme de mes gamins (4eme-3ème) et j'ai vraiment passé de très bons moments à le leur faire découvrir. Un collègue avait même réussi, avant que les comédies misicales et autres représentations ne soient d'actualité, à former une petite troupe de théâtre qui avait joué ce conte. La lingère du Collège avait cousu les costumes, les tissus venaient du grand souk du Caire...

Le Petit Prince est bien plus qu'une jolie histoire, c'est la relation de rencontres fondamentales (l'aviateur, le Renard, le Serpent...), le testament et le témoignage d'un pilote qui a traversé sa vie (1900-1944) comme un météore. Un conte à la fois merveilleux et désabusé, né en 1942 alors que "St Ex" est exilé aux Etats Unis. Il est l'un des premier a avoir compris que les enfants peuvent aussi envisager la question de la mort, ou plutôt d'une fin débouchant sur quelque chose d'autre. C'est finalement un récit qui laisse une grande part à l'espoir.

Paru pour la première fois en 1943 aux USA, le livre ne sera édité qu'en 1946 en France. Il est aujourd'hui traduit en 161 langues!

14.04.2006

"The Daffodils" (Les jonquilles)

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I wandered lonely as a cloud
That floats on high o'er vales and hills,
When all at once I saw a crowd,
A host, of golden daffodils ;
Beside the lake, beneath the trees,
Fluttering and dancing in the breeze.

Continuous as the stars that shine
And twinkle on the milky way,
They stretched in never-ending line
Along the margin of a bay :
Ten thousand saw I at a glance,
Tossing their heads in sprightly dance.

The waves beside them danced ; but they
Out-did the sparkling waves in glee :
A poet could not but be gay
In such a jocund company :
I gazed - and gazed - but little thought
What wealth the show to me had brought :

For oft, when on my couch I lie
In vacant or in pensive mood,
They flash upon that inward eye
Which is the bliss of solitude ;
And then my heart with pleasure fills,
And dances with the daffodils.



William WORDSWORTH, poète britannique, 1770-1850.

 

J'ai retrouvé ce texte par hasard sur le Net... Mon grand-père, qui parlait très mal l'anglais, se souvenait pourtant de quelques uns des vers de ce poème, appris plus de soixante ans auparavant ! Il se plaisait à les dire, de temps en temps, et on s'amusait comme des fous en entendant son accent inimitable so frenchy...

08.04.2006

"Mouette à l'essor mélancolique"

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Je ne sais pourquoi

Mon esprit amer

D'une aile inquiète et folle vole sur la mer.

Tout ce qui m'est cher,

D'une aile d'effroi

Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi?

 

Mouette à l'essor mélancolique,

Elle suit la vague ma pensée,

A tous les vents du ciel balancée,

Et biaisant quand la marée oblique

Mouette à l essor mélancolique.

 

Ivre de soleil

Et de liberté,

Un instinct la guide à travers cette immensité.

La brise d'été

Sur le flot vermeil

Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

 

Parfois si tristement elle crie

Qu'elle alarme au loin le pilote,

Puis au gré du vent se livre et flotte

Et plonge, et l'aile toute meurtrie

Revole, et puis si tristement crie!

 

Je ne sais pourquoi

Mon esprit amer

D'une aile inquiète et folle vole sur la mer,

Tout ce qui m'est cher,

D'une aile d'effroi

Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

 

Paul Verlaine, Bruxelles 1873, Sagesses

L'un de mes poèmes préférés qui me parle à l'âme et que je mets en ligne, en forme de passerelle, en écho au texte publié ce jour par l'ami TAJ et pour tous ceux qui ressentent un moment de mélancolie.

06.04.2006

L'horloge

Baudelaire, Les fleurs du Mal

L'Horloge

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison

Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard!

Ce texte magique où chaque synonyme des vecteurs du temps a été personnifié, à la manière des divinités antiques, a été repris par Mylène Farmer, dans la chanson éponyme, lui donnant encore plus de relief avec son côté "allumé".